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Mercredi 30 juin 2010 3 30 /06 /Juin /2010 11:36

 Autant mes souvenirs de la coupe du monde 1958 sont toujours dans ma mémoire, et qu’elle fut une vraie initiation, autant celle de 1962 m’est totalement étrangère. Cette année-là, elle se déroulait  au Chili, et le Brésil avait gagné, comme en 1958. L’information nous venait de loin, par des résumés à la télé, sans retransmission en direct. Je m’étais passionné pour le Tour de France, le premier duel Poulidor/Anquetil et la victoire  éclatante de ce dernier. Il faut dire que Raymond n’avait pas eu de chance, déjà. Il avait fait une chute à l’entraînement quelques jours avant le départ qu’il avait pris avec un léger plâtre qui recouvrait une partie de sa main gauche.

 

Quand, à la fin du mois de juin 1958, on m’avait expliqué que la Coupe du monde se déroulait tous les quatre ans seulement, j ‘avais essayé de me projeter des années plus tard avec des points d’interrogation ; voilà que je me retrouvais maintenant en 1966.

 

 

 J’avais dix-sept ans. Un événement considérable était survenu dans ma vie l’année précédente : la découverte de l’Angleterre, à Grays (Essex) pendant un mois chez Gordon, mon « correspondant ».

 

Encore une initiation en cet été 1965. J’avais quitté une France et une société bloquées et rigides. J’étais arrivé sur une autre planète où jeunes et vieux partageaient le même goût pour les Beatles, où chaque soir la télé programmait des émissions avec les Animals, les Kinks –dont un concert enregistré à Paris avait été annulé au dernier moment par l’ORTF pour ne « pas choquer les âmes sensibles » avait dit Catherine Langeais, la speakerine -, les Yardbirds, les Fortunes, les Troggs, et tant d’autres. Dans la cuisine, des enceintes permettaient à la mère de Gordon d’écouter en boucle Beatles for Sale ; elle m’avait confié qu’elle n’appréciait pas beaucoup les Stones qui venaient de sortir Satisfaction « They look like bad boys ». Pourquoi j’aime tant Mister Tambourine Man, version Byrds ? Parce que, j’en suis sûr, c’est le premier morceau que j’avais entendu en entrant dans le bowling, divertissement qui n’existait pas dans ma petite ville de province française. Là, se réunissaient tous les jeunes qui m’avaient fait un accueil magnifique et dont la préoccupation essentielle était l’organisation des « parties » du soir avec la complicité des parents. En France c’était toute une affaire pour organiser une « boum » dans un garage.

 

 

Je n’avais eu aucune difficulté pour trouver une girl-friend, Christine, si mignonne. On fumait des blondes au cinéma où personne ne se levait plus quand le God Save the Queen résonnait à chaque séance. C’est cet été-là, dans ce cinéma de Grays que j’ai vu Help ! pour la première fois, subjugué par les cris des filles à chaque apparition de Paul, John, George et Ringo.

 

J’étais passé à côté d’une autre initiation, avec la tante de Gordon, la quarantaine vicieuse, qui m’avait crié de sa chambre alors que nous étions tous les deux chez elle : « C’est promis, vous ne regardez pas, je suis en train de mettre mes bas ! » J’avais compris trop tard l’invitation. C’est un de mes regrets encore aujourd’hui.

 

Le foot. Gordon était un grand fan de Totenham Hotspurs qui jouait les premiers rôles dans le championnat et son idole était Jimmy Greaves, qui, je crois, reste encore aujourd’hui le meilleur buteur de la première league. Gordon me parlait de la coupe du monde qui allait se dérouler l’été prochain en terre anglaise. Il me demandait sans cesse, pour me chambrer, si la France allait se qualifier. Nous allions très mal, à cette époque et je faisais semblant de ne pas comprendre ses questions.

 

 

 

L’été 1966, j’étais devenu le chanteur d’un groupe de rock qui marchait fort dans la région. Nous nous appelions « Les Geminis », un nom vraiment pas terrible, mais il faisait référence au programme spatial américain de l’époque. Notre spécialité c’était les reprises de tout ce qui se faisait de l’autre côté de la Manche. Nous venions de faire l’acquisition d’une chambre d’écho qui allait rejoindre les amplis Stevens et Fender achetés d’occasion avec l’aide des parents. Nous répétions tous les dimanches depuis l’automne 65 et avions commencé à jouer en public au printemps 66 dans une cave du centre de Clermont. Quand je passe dans ce coin aujourd’hui, j’y pense toujours.Un barman du Globe, notre quartier général avait confectionné un cocktail « Gemini », en hommage à notre popularité.

 

Juillet 1966 : Nous suivions la coupe du monde malgré le boulot ; pour être dans le coup il fallait apprendre et ajouter à notre répertoire les tubes qui sortaient les uns après les autres : en deux ou trois semaines : Paperback writer, 19th nervous breakdown, Sloop John B., Summer in the city, et le magique Sunny afternoon.

 

 

L’équipe de France avait réussi à se qualifier ; on adorait Philippe Gondet, le buteur Nantais, Aubour et Carnus, les gardiens de buts légendaires, et d’autres dont les noms marquent encore l’histoire de notre foot : Budzynski, Bosquier, Djorkaeff, Artelesa, Herbin, Combin, Couécou…Entre deux répètes nous suivions les matchs. L’affaire fut vite pliée avec une élimination au premier tour, début d’un très long tunnel. L’Angleterre était alors devenue notre favori. Elle l’était déjà un peu : pour nous, c’était le plus beau pays du monde. Nous suivions  aussi l’exceptionnel Eusébio et l’équipe du Portugal qui étonnaient tout le monde, jusqu’en demies-finales, battus par les Anglais qui deviennent  le 30 juillet, champions du monde à Wembley en battant l’Allemagne.

 

Pendant des années, jusqu’à aujourd’hui, on parlera de ce but de la 100eme qui a « volé » les Allemands. Le ballon est-il oui ou non passé derrière la ligne ? Quarante-quatre ans plus tard, en 2010, la même affaire se produit, dans l’autre sens. Les victimes sont les Anglais cette fois, et les images l’ont montré immédiatement.

 

Moins de deux ans plus tard, en mars 1968, dans notre petite ville les Geminis faisaient la première partie des Moody Blues, à leur summum avec Nights in white satin. Puis Mai arriva. Le groupe tenta de poursuivre une carrière régionale sans moi ; je l’avais quitté, préférant me joindre aux copains et copines qui occupaient la fac.

Par Jean-Marc Millanvoye - Publié dans : Reste du monde - Communauté : Culture Sport
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