Partager l'article ! 1978 - Don't cry for me Argentina: Les verts.... C'étaient eux qui nous avaient fait redécouvrir le foot, après les années ...
"Football's not a matter of life and death. It's more important than that !" (Bill Shankly)
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Les verts.... C'étaient eux qui nous avaient fait redécouvrir le foot, après les années difficiles pour l'équipe nationale, inexistante sur le plan international. Heureusement que nous avions le rugby depuis les années 60 pour combler de joie chaque tournoi des 5 nations. Le foot... des manchots, des pousse-caillloux.
Sans conviction, ce 17 mars 1976, je m’étais assis devant le petit téléviseur en noir et blanc pour voir comment allait des comporter l’équipe championne de France de Saint-Étienne face au Dynamo de Kiev. Il fallait gagner avec un écart de 3 buts pour espérer arriver en demi-finales après un parcours méritant jusque là. L’équipe de Blokhine avait gagné 2-0 au match aller. Mission impossible.
Au 3eme but, une immense clameur avait parcouru les immeubles. Tiens, les voisins regardaient aussi ? Et ils avaient bondi du canapé comme moi ? L’équipe de Saint-Etienne allait nous faire aimer le foot ? Une volonté et la force d’un collectif extraordinaire leur avait permis de remonter à égalité à 20 minutes de la fin du match. Je revois Larqué explosant de joie à la 71eme, mais l’immeuble n’avait pas encore osé crier, car personne n’osait croire au miracle. Les soviétiques n’allaient pas se laisser faire. Jusqu’à la frappe victorieuse de celui qui allait devenir le chéri d’une nation, Dominique Rocheteau.
Depuis 10 ans nous n’avions plus participé à la coupe du monde. La phase éliminatoire allait commencer avec bien des difficultés. Tout se jouait au dernier match, contre la Bulgarie, le 16 novembre 77, la trouille au ventre comme toujours, acteurs, spectateurs, téléspectateurs : nous avions connu tant de désillusions avec ces pays de l’Est, décidément trop forts. Au match aller, l’année précédente, nous avions été victimes d’une décision qui avait valu à Monsieur Foote, l’arbitre, d’être traité de « salaud » en direct à l’antenne par Thierry Roland qui n’en finissait pas de s’étrangler. « Ce type devrait être en prison ! pas sur un terrain de foot !». Mais ce soir gris de novembre, au Parc des Princes, le sens de l’histoire changeait. Pour la première fois depuis 1966, la France allait jouer la Coupe du monde et on ne pouvait s’empêcher de faire la comparaison 1958/1978 . La « génération Platini qui portait en triomphe son sélectionneur en larmes, venait de naître.
Platini, à peine plus de 20 ans, avait fini de faire sa réputation de tireur de coups francs quasi-imparables dans les matches qui précédaient le tournoi mondial en humiliant le grand gardien italien, Dino Zoff à deux reprises lors d’un match de préparation à Naples. Même si l’un des deux tirs n’avait pas été validé par l’arbitre, l’outrage avait été commis. Quelques matches amicaux encore, tous victorieux contre le Brésil, la Tunisie, et l’Iran, notre grand ami depuis que l’Ayatollah Khomeyni s’était réfugié en banlieue parisienne pour préparer la révolution islamique et sa prise de pouvoir dans son pays au printemps.
Un mouvement d’opinion s’est levé en France et dans les autres pays Européens appelant les équipes sélectionnées au boycott pour protester contre la monstrueuse dictature militaire qui terrorise et martyrise le peuple argentin. La CIA fait son œuvre en Amérique du Sud en organisant les coups d’état, comme au Chili ou règne l’immonde Pinochet depuis septembre 1973. Des soixante-huitards comme moi sont très gênés. Faut-il refuser de participer à ce tournoi qui promet tant, et que nous attendons depuis si longtemps ? L’argument avancé « il est plus important d’y aller. C’est aussi un moyen de mettre la lumière sur ce qui se passe » nous convient, au fond, pour se donner bonne conscience. Le débat avait continué jusqu’à ce que la sélection française s’envole à bord du Concorde. Johan Cruyff, le merveilleux attaquant hollandais, qui avait illuminé nos écrans 4 ans auparavant avait fourni un argument de poids à ceux qui plaidaient pour le boycott en déclinant la sélection « pour des raisons personnelles ».
Le groupe d’Hidalgo a de la gueule, avec ces joueurs qu’on a appris à bien connaitre. Les Stéphanois qui ont redonné aux Français une passion saine du foot sont 3 : Rocheteau, Janvion, Lopez, et même 4 si l’on compte Dominique Bathenay qui a signé il y a quelques mois au jeune PSG. Les clubs de Nantes, Nice, Strasbourg, Metz, Marseille, Monaco, Lyon, Lens sont représentés. Nancy aussi, avec Olivier Rouyer et Michel Platini. Enfin un bastiais : Claude Papi, ce qui me vaut d’être souvent sollicité par mon fils aîné qui veut voir son grand-père, son « Papy » sur l’écran. L’enfant que j’étais et qui avait découvert la coupe du monde en 1958 est devenu papa il y a 5 ans et encore il y a 6 mois.
Je ne sais pas si Bernard Lacombe détient toujours le record du but marqué le plus rapidement. Moins d’une minute après le coup d’envoi lors du premier match contre l’Italie, il avait ouvert le score de la tête après un centre de Didier Six, mais cette fulgurance avait déstabilisé l’équipe de France qui avait perdu 2 à 1 devant un des favoris de la finale. Dans notre groupe il y avait aussi l’Argentine, obstacle majeur et infranchissable.
Il devait être minuit, en France, au coup d’envoi d’Argentine-France. On n’a parlé que du match depuis quelques jours, avec les collègues et même entre voisins de l’immeuble, fait rarissime. La maison d’est endormie. Je suis seul devant mon premier téléviseur couleur acheté quelques semaines auparavant pour la circonstance, et je suis subjugué par cette fête inouïe sur le stade et dans les tribunes.
Les deux équipes jouent merveilleusement bien, Je commence à y croire, comme les joueurs, qui semblent totalement libérés. Platini, Bathenay, Michel, Rocheteau, Six, Lacombe, semblent planer devant, et derrière on connaît l’efficacité de Lopez, Battiston et Bossis. Et pourtant, est-ce possible, là-bas, chez eux ? Trésor est partout… Marius, si malheureux quand il voit l’ arbitre, sous la pression de la foule et de l’ambiance qui règne dans le pays désigner le point de penalty après un temps d’hésitation. Le ballon vient malencontreusement de toucher son bras et juste avant la mi-temps Passarella ouvre le score. « Au plus mauvais moment » une des expressions favorites de Thierry Roland depuis 20 ans et pour 40 ans encore.
Deuxième mi-temps. Tout y est, le suspense, les frissons, et le drame à la 57eme minute lorsque Jean-Paul Bertrand-Demanes se fracasse le dos sur un poteau lors d’un arrêt exceptionnel. Dominique Baratelli a pris la place pour assister, de loin, à l’égalisation de Michel Platini. Tout est encore possible jusqu’à ce que Luque donne le but de la victoire aux Argentins.
Le reste est anecdotique. On apprend dans l’Equipe que contre l’Italie, les joueurs de l’équipe de France ont recouvert de peinture noire les 3 bandes Adidas de leurs chaussures car la marque a refusé de porter la prime de match de 1500 francs à 1600. Une dernière rencontre sans enjeu mais folklorique contre la Hongrie avec des Français qui ont oublié leurs maillots et en ont emprunté à une équipe du coin. Les bleus se présentent en rayures vert et blanc. On ne reverra plus jamais ça et c’est avec amertume qu’on a regardé gagner notre équipe 3-1 avec Berdoll, Rouyer, Papi et Dropsy qui commence une belle carrière internationale. L’Argentine remportera finalement la coupe, comme c’était prévu, et la junte militaire récupérera l’événement. Côté football, une équipe de France est née. Elle a trouvé un public qui l’aime. Michel Hidalgo racontera la tentative d’enlèvement dont il a été victime avant de prendre l’avion, pour le dissuader de partir ; il s’est bien défendu et les gars se sont enfuis. Des années après, Cruyff évoquera l’intrusion d’une bande à son domicile, le menaçant de l’abattre s’il se rendait en Argentine…
Côté politique, on apprendra plus tard des chiffres terribles quand la démocratie sera revenue : 30 000 morts ou disparus victimes des escadrons de la mort, des bébés volés et placés chez des militaires, des gens torturés et jetés d’hélicoptères, et près de deux millions d’exilés.
1) le record de Nanard Lacombe n'a pas tenu bien longtemps, battu dès le Mundial suivant par l'Anglais Bryan Robson contre... l'équipe de France ! Ca commençait mal mais la suite de la Coupe du monde espagnole, comme on le sait, sera d'un tout autre acabit côté français (et une fois de plus décevante côté anglais) ;
2) les Français n'avaient pas vraiment oublié leurs maillots avant d'affronter la Hongrie pour du beurre. Mauvaise com de la Fifa ou mauvaise compréhension de sa demande, la France s'était pointée avec des maillots de la même couleur que les Hongrois et avaient dû, en toute hâte, revêtir ceux d'un petit club local argentin.