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"Football's not a matter of life and death. It's more important than that !" (Bill Shankly)
Culturopied, le blog dédié à la Coupe du monde de Footbal du webzine culturel Culturopoing
Comme beaucoup d’autres, nous vous annoncions un probable désastre du football européen à l’occasion de
cette 19ème Coupe du monde. Avec trois des quatre demi-finalistes venus du vieux continent, force est de constater qu’il n’en est rien, d’autant plus que la plus forte probabilité est d’assister
à une finale 100% européenne, soit Pays-Bas – Allemagne (enfin la grande revanche de la finale de 1974 pour les Bataves !), soit Pays-Bas – Espagne, tant le "miracle uruguayen" semble
difficilement pouvoir survivre aux absences de Lugano, Fucile et Suarez contre un adversaire (les Pays-Bas, donc), d’un autre niveau que ceux déjà rencontrés (France, Afrique du Sud, Mexique,
Corée du Sud, Ghana), contre qui la Celeste aura généralement beaucoup souffert. Mais le fait que le petit Uruguay soit (pour la première fois de son histoire pourtant glorieuse) la seule nation
sud-américaine encore en lice au stade des ½ finales est déjà un exploit sensationnel, rejoignant presque le souvenir des titres de 1930 et 1950. En revanche, on ne jurera pas que cela lui vaudra
le soutien du reste du continent, comme ce fut le cas pour l’Afrique avec le Ghana : entre Sud-Américains, c’est plutôt l’amour vache et les Argentins n’auront pas pu se réjouir longtemps de la
chute du Brésil…
Parce que s’il n’y a presque plus que des Européens, c’est donc que les deux monstres sacrés latino-américains ont disparu plus tôt que prévu. Et encore… pour l’Argentine, au regard de ce qui se
produit depuis 1994, c’est presque une qualification pour le dernier carré qui eut constitué une surprise. Maradona sélectionneur ou pas, avec ou sans Messi, la durable vérité est là : depuis que
le Pibe de Oro sur le terrain n’est plus (on oublie donc celui qui commençait à en devenir la caricature en 1994, malgré de jolis restes), l’Albiceleste est incapable de se rapprocher du plus
haut niveau mondial. Même si pas grand monde n’aurait pu résister à cette Allemagne survoltée du 3 juillet, on a vu aussi les limites d’une formation ayant jusque-là bénéficié d’un tournoi assez
clément. On peut aussi supposer que ce match face à l’Allemagne a cruellement renvoyé Maradona sélectionneur à ses insuffisances, énormes. L’esprit de corps, les discours mobilisateurs, l’amour
immodéré de la Nation, cette fusion avec ses joueurs… tout ça est très sympathique, très utile aussi (comme on aurait aimé voir ça côté français, par exemple…), mais pas suffisant pour prétendre
au titre mondial. Sportivement, face à l’Allemagne, l’Argentine n’a pas existé. Et, comme tant d’autres cracks annoncés de ce Mondial, Messi aura globalement déçu et se sera en tout cas montré
incapable de renverser une situation ou de déclencher la révolte.
En espérant qu'il ne pèse pas bientôt 70 kilos de plus...
Le Brésil, c’est autre chose. Franchement, personne ne pleurera le départ de la Seleção déplaisante du premier tour et des 1/8èmes de finale, peu inspirée, souvent suffisante (le match face à la
Corée du Nord), mais ô combien efficace. Une sélection à l’image, caricaturale, de son sélectionneur quand il en était le capitaine, au fond.
Seulement voilà, le Brésil quitte cette Coupe du Monde après ce qui aura été, de loin, son meilleur match du tournoi. En tout cas, sa meilleure moitié de match. La première période face aux
Pays-Bas ressemblait à un mirage : oui, c’était encore possible de voir les Auriverde jouer comme leurs prédécesseurs de 1958, 1970, 1982, 1986… Un premier but sublime de Robinho, une combinaison
géniale aboutissant à un superbe tir de Kaká et des Néerlandais spectateurs, n’ayant que leur courage à offrir en guise de résistance. Dunga est-il vraiment responsable de l’effondrement
psychologique spectaculaire des ses joueurs après le premier coup du sort venu (cette sortie aérienne grotesque de Julio Cesar) ? Probablement non mais, aux yeux du peuple brésilien, il paye une
tactique trop frileuse, un jeu contre nature (cela dit, ça fait quand même près d’un quart de siècle que la Seleção ne danse plus beaucoup la sambla sur le terrain…), des choix de joueurs
discutables (Ronaldinho est évidemment une bombe à retardement dans un vestiaire mais, quand il est à au moins 75% de ses capacités physiques, il est capable de faire des différences que ses
coéquipiers sélectionnés ont bien du mal à imaginer ne serait-ce qu’en rêve).
Tant mieux pour les Pays-Bas, qui en ont profité, qui ont joué leur meilleur match possible et ont enfin battu un adversaire de premier plan dans cette Coupe du Monde. On l’a vu, un Uruguay
affaibli par les absences semble tout à fait à sa portée. N’empêche que l’ombre d’une question continue de planer au-dessus de cette équipe : que vaut-elle vraiment ? Elle fut jusque-là assez
laborieuse et sans génie, sa défense ne semble pas celle d’un futur champion du monde et on a la sensation qu’un Van Persie à fleur de peau est capable de dégoupiller à tout moment. Mais comme la
France eut son carré magique dans les belles années 82-86, les Oranje ont un quintet de platine avec le duo Van Bommel / De Jong en récupérateurs/tamponneurs et une sacrée ligne de trois pour
créer le danger devant, Robben, Sneijder, Kuyt, qui rend presque la présence d’un avant-centre superflue (ça tombe bien, Van Persie est le plus souvent invisible).
Avantage Pays-Bas, donc, pour la première ½ finale. A moins qu’on ne sous-estime le poids de l’Histoire qui pourrait porter la Celeste vers la finale. A ce stade de la compétition, ce serait
quand même peut-être la plus grosse surprise de l’histoire de l’épreuve !
Quand on voit Van Persie sous le maillot néerlandais, on se dit que, y'a pas de hasard, Arsenal est vraiment l'école de l'humilité, pour les footballeurs...
L’autre ½ finale s’annonce bien plus indécise. Si l’on se réfère au passé récent, en tout cas, et notamment à la finale du dernier Euro, dont elle sera le remake. En revanche, si on ne se fie
qu’à ce que l’on a vu en Afrique du Sud cette année, alors l’Allemagne est beaucoup plus forte que l’Espagne.
La Roja semble presque constamment sur un fil, prête à tomber (elle est d’ailleurs tomber dès son premier match, face à la Suisse, mais elle n’a tombé de haut et a pu se relever immédiatement).
Oh, bien sûr, ça tourne, ça se fait des passes, beaucoup, ça monopolise le ballon et ça finit par gagner, quasi inexorablement (cf. le ¼ face au Paraguay, tout à fait symbolique de ce Mondial
espagnol). Mais Casillas continue de menacer de se trouer à chaque intervention. Mais Torres continue à errer comme une âme en peine à la pointe de l’attaque (encore un crack en berne). Mais Xavi
et Iniesta sont bien moins irrésistibles qu’au Barça. En fait, sans un David Villa au sommet de son art, l’Espagne serait-elle toujours en Afrique du Sud ?...
Et voilà que se dresse l’assez terrifiante armada allemande. Oh, pas celle des années 80, au sein de laquelle le lutin Littbarski ne donnait pas le change d’une équipe faite pour imposer sa
puissance physique. Une équipe qui inspirait la crainte, éventuellement le respect (en voulant bien oublier le match contre l’Autriche ou bien Schumacher, en 1982), jamais l’amour.
Mais, probablement à l’image du pays lui-même, la Manschaft a complètement changé depuis plusieurs années et a opéré une vraie révolution culturelle. Curieusement, ce changement a débuté par une
déroute humiliante, à l’Euro 2004, que l’Allemagne quittait par la toute petite porte, dès le 1er tour, éliminée par les Pays-Bas et la République tchèque, incapable même, surtout, de dominer la
Lettonie. Mais deux joueurs emblématiques y faisaient alors leurs prometteurs débuts, à 20 ans, Phillip Lahm et Bastian Schweinsteiger. On connaît la suite : une belle Coupe du Monde 2006 au
pays, un Euro 2008 presque victorieux (même si l’Espagne était bien la meilleure équipe du tournoi, sans contestation) et cette espèce de "football total 3.0" révélée à la face du monde en
2010.
Même si l’Allemagne est passée au travers face à la Serbie (avec, ce jour-là, un minimum de réussite), même si elle a tremblé face au Ghana, craignant sans doute une élimination précoce), elle
n’a pas inscrit quatre buts par hasard à l’Australie (qui a ensuite prouvé qu’elle était loin d’être si nulle que ça), à l’Angleterre et donc à l’Argentine. C’est une performance carrément d’un
autre temps, qui nous rappellerait presque, ironie de l’Histoire, la Hongrie de 1954 (elle-même fracassée en finale par… l’Allemagne). La Manschaft 2010 suscite en tout cas la même admiration,
même chez ceux qui, culturellement, ont vraiment du mal à s’enthousiasmer pour l’Allemagne en général et son football en particulier (en France, le 8 juillet 1982 pèse parfois aussi lourd que
l’Occupation…).
Il serait logique, il serait même "moral" que cette équipe aille au bout. Ce ne sera peut-être pas le cas (ne serait-ce que parce que l’absence de Müller face à l’Espagne est un terrible coup
dur). Elle constitue en tous les cas un magnifique exemple à suivre pour un nouveau sélectionneur qui s’apprête à prendre ses fonctions. 24 ans de moyenne d’âge, à méditer…
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