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Samedi 10 juillet 2010 6 10 /07 /Juil /2010 19:37

Espagne-Pays-Bas. Pour parfaitement inédite qu’elle soit à ce niveau de la compétition, cette finale évoque néanmoins quelques grandes dates du passé de ces deux grandes nations de football. Passé glorieux… et moins glorieux. Parmi ces dates, 1974, comme un symbole de ce que peut être l’histoire tortueuse d’une sélection.

Autant l’Espagne-Pays-Bas de 2010 apparaît très indécis, même si les Espagnols en seront quand même les favoris logiques, autant l’écart était tellement grand entre ces deux équipes il y a trente-six ans que la perspective d’une finale de Coupe du Monde les opposant semblait totalement farfelue. Et de toute façon impossible. Car, 1974, c’est à la fois la date symbole de l’épanouissement du football néerlandais, aussi bien que le fond du trou atteint par le football espagnol (en tout cas par sa sélection).

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Heureusement pour lui, Aragonés avait rarement l'occasion de croiser des "Negros" en Liga, à cette époque...

 

Sur la lancée d’un quadruple triomphe dans la défunte Coupe d’Europe des clubs champions (remplacée par la très marketing Ligue des champions) du Feyenoord (1970) et de l’Ajax (1971, 1972, 1973), l’équipe nationale néerlandaise se qualifie pour la première phase finale de Coupe du Monde de l’ère "moderne" (oublions une participation éphémère des Bataves aux éditions 1934 et 1938, avec une élimination dès le 1er tour). Et il est clair qu’avec ses Cruyff, Neeskens, Van Hanegem, Suurbier, Rep, Rensenbrink ou autres Krol, elle ne vient pas en Allemagne de l’Ouest pour faire du tourisme mais bien pour gagner. Durablement affaiblis par la retraite internationale du Roi Pelé, les champions du monde brésiliens ne donnent pas longtemps l’illusion d’être capables de conserver leur titre (ils finiront quand même 4èmes, performance honnête mais vécue comme un traumatisme au pays). Il ne reste finalement que la Pologne, magnifique révélation emmenée par un superbe meneur de jeu, Kazimierz Deyna, et surtout la RFA (sacrée championne d’Europe pour la première fois deux ans plus tôt) pour lui contester le leadership mondial.

Venant à bout de la Pologne dans un match de poule décisif tenant autant du water-polo que du football, la Manschaft nous rejoue en finale le scénario de 1954 et sa victoire surprise contre la grande Hongrie. Vite menée au score (penalty concédé dès la 1ère minute !) par la meilleure équipe du tournoi et la favorite de cœur du monde entier (hors l’Allemagne fédérale, évidemment), la RFA renverse le cours du match et s’impose à la maison.
Donc, oui, 1974, année fondatrice du football Oranje, sans l’ombre d’un doute, avec gloire et immense douleur, un peu comme l’équipe de France accèdera symboliquement à la cour des grands le 8 juillet 1982…

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Non, Pirri, ce n'est pas la taille des trophées qui en fait la valeur...

 

En revanche, à moins d’être un colchonero (supporter de l’Atletico Madrid, particulièrement malheureux en finale de C1 cette année-là face au Bayern – remonté au score 1-1 in extremis avant d’être balayé 0-4 en match d’appui, qui fut  le dernier joué par un certain… Luis Aragonés !), si vous êtes espagnol, 1974 ne vous évoquera pas grand-chose. Bon, ok, sauf aussi pour les supporters du Barça, qui remportait à nouveau le titre après quatorze ans d’attente (et neuf titres de champion du Real abhorré entretemps !), en grande partie grâce à un certain… Johan Cruyff !
Concernant la Selección, c’est un vrai désastre. Le titre européen conquis dix ans plus tôt à Madrid, sous les yeux émus du Généralissime Franco, semble presque appartenir à un autre siècle. Depuis, la Roja a joué sans gloire la Coupe du Monde 1966 et a carrément raté celles de 1970 et 1974 (sans compter les Euro 1968 et 1972, eux aussi plantés dans les grandes largeurs). Certes, pour 1974, il s’en est fallu de peu, d’un match d’appui (décidément…) pour départager l’Espagne et la Yougoslavie, qui tournera en faveur des Yougoslaves, pour le futur plus grand malheur des pauvres Zaïrois (martyrisés 0-9 par les Tricolores de l’Est en Allemagne). Mais, la vérité, c’est que, même si elle s’était qualifiée, l’Espagne aurait joué les utilités en phase finale.
Pour vous donner une idée, l’équipe nationale espagnole de ces années-là, c’est l’équipe de France en à peine moins pire. Et quand on sait que les Bleus vivaient alors leurs plus noires années depuis la fin des 20’s, ça vous classe une sélection, non ? Le parallélisme des deux sélections voisines durant les années 66-78 est d’ailleurs assez étonnant. Elles ne s’éternisent pas en Angleterre pendant la World Cup 66 (l’Espagne y battra au moins la Suisse quand la France ne sera même pas capable d’en faire autant face au Mexique), elles n’existent guère lors des éliminatoires des Euros 68, 72 et 76 (elles pousseront le mimétisme jusqu’à sortir de leur phase de poules éliminatoires pour chuter conjointement en ¼ en 68), ne se qualifient ni pour le Mundial 70, ni pour la Weltmeisterschaft de 74 mais font leur retour sur la grande scène mondiale en Argentine, en 78, après douze ans d’absence (pour un résultat assez semblable et un rapide retour au pays, malgré quelques promesses).

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Andres Iniesta et Luis Aragonés, circa 1974

 

A la différence douloureuse des Pays-Bas, en 1974, l’Espagne manque cruellement de grands joueurs et ne peut guère compter que sur le Madrilène Pirri (arrivé à maturité au mauvais moment). Les Arconada, Migueli, Juanito ou Santillana débuteront dans les mois qui suivront et constitueront la base de la belle équipe de 1984, vice-championne d’Europe (battue en finale par… la France !). En 1974, le franquisme finissant, à l’image de l’interminable agonie du Caudillo, plonge économiquement l’Espagne au bord du tiers-monde européen. Le retour de la démocratie puis l’entrée du pays dans l’Europe vont spectaculairement la booster et le football national en profitera, comme tous les secteurs économiques.
Dans les années 70, sorties de leurs combis Daf ou Volkswagen, les premières hordes de touristes néerlandais pouvaient toiser de haut les autochtones sur les plages de la Costa Brava. En 2010, ce n’est plus tout à fait la même histoire. Footballistiquement parlant, en tout cas…

Par Cyril Cossardeaux - Publié dans : Reste du monde - Communauté : Culture Sport
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