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Jeudi 8 juillet 2010 4 08 /07 /Juil /2010 14:35

Que n'a-t-il pas dit, le héros du 8 juillet 1998, en clouant au pilori, devant le Conseil fédéral du 2 juillet puis devant la presse, le pauvre Patrice Evra ! Pour un Bixente Lizarazu (solidarité des arrières latéraux de "quand on était champions" ?) le soutenant dans son blacklistage de l'éphémère capitaine de l'équipe de France, combien d'anciens joueurs, de consultants, de journalistes pour fustiger ses propos ? Curieux (curieux, vraiment ?) comme est tout de suite venu sur le tapis son statut d'"intellectuel" (il faut sentir tout le mépris ironique qui s'attache ici aux guillemets employés), de "défenseur des Droits de l'Homme", censé décrédibiliser par principe toute condamnation personnelle qu'il peut porter sur tel ou tel...

 

Si Lilian Thuram n'a eu qu'un tort, c'est de ne concentrer ses attaques et son souhait d'éviction définitive de l'équipe nationale que sur le seul Patrice Evra. Si, d'après les informations dont on arrive à disposer, son rôle fut déterminant dans le naufrage moral et disciplinaire des Bleus, il fut loin d'être le seul à les avoir emmenés par le fond. Mais, après tout, un capitaine, c'est fait pour couler avec le navire, non ?

 

Attardons-nous maintenant un peu sur le fond de ce qui est reproché à Thuram. Passons vite sur le fait que son manque d'assiduité à sa fonction de membre du Conseil fédéral ne lui donnerait aucune légitimité à s'exprimer aujourd'hui en tant que tel. Si ce n'est qu'il est quand même à hurler de rire que l'un de ceux qui l'attaquent le plus violemment sur ce thème, Christophe Dugarry, soit aussi celui qui accorde le moins de crédit aux dits membres actuels de ce Conseil, et aussi celui qui continue à se refuser obstinément à assumer la moindre responsabilité fédérale (c'est tellement plus commode comme ça...). Que Duga continue à analyser le jeu, et il est l'un des meilleurs dans cet exercice (si on était méchant, mais ce n’est pas notre genre, on regretterait qu'il ait si rarement fait preuve de la même clairvoyance sur le terrain) et qu'il arrête, lui aussi, de faire ce qu'il reproche à son "ami" Thuram, de la politique.

Intéressons-nous plutôt à la deuxième critique qui revient le plus souvent, mise sur le tapis dès le renvoi d'Afrique du Sud de Nicolas Anelka, par Guy Roux, jamais en retard d'une imbécilité maquillée en bon sens intelligent ("l'expérience, mon bon monsieur, vous comprenez !").

 

Patrice-Lumumba1.jpg Lilian Thuram à sa sortie du Conseil fédéral

 

L'éviction d'Anelka était "illégale" car le joueur et ses "camarades" n'avaient pas pu défendre sa cause (pour Roux, il eut fallu que ça se fasse en présence des 22 autres joueurs, tant il est vrai que l'AJ Auxerre a toujours été connue pour sa démocratie participative... la République des joueurs, même, qu'on l'appelait !). Roux fait ici mine de tout confondre, ou bien il confond vraiment tout et sa confusion en dit long 1) sur la lucidité de son âge un peu avancé (on a quelques anecdotes à ce sujet, du côté de la Gaillette lensoise), 2) et/ou du modèle qu'il rêve (comme tant d'autres) de voir appliquer en équipe de France : celui du monde de l'entreprise.

Car, non, un joueur professionnel, international ou non, d'ailleurs, n'est un salarié ni de l'équipe de France, ni même de la Fédération. Le respect de règles disciplinaires pour décider de son éventuelle éviction de la sélection n'a philosophiquement et juridiquement aucun sens. Ou alors, qu'on nous apporte la preuve du contraire, et que les précédents connus de joueurs renvoyés chez eux par leur sélectionneur et/ou leur fédération pendant une compétition (Davids, Zahovic, Keane…) soient portés devant les plus hautes juridictions internationales (puisqu'on en appelle ici aux Droits de l'Homme). Quelque chose nous dit qu'on n'a pas fini de rigoler...

 

autogestion.jpg Projet de nouveau logo pour l’AJ Auxerre

 

Enfin, de quel droit Thuram se permet-il de condamner avant d'enquêter et d'instruire un procès (comme si, là encore, la "judiciarisation" d'une telle décision avait le moindre sens) ? Ironiquement, cette salve vient surtout des journalistes. Ainsi, Pierre Ménès s'offusque alors qu'il fut le premier, sur le plateau du Canal Football Club et en réponse à une question d'Hervé Mathoux, à décréter que le futur d'Evra en équipe de France n'était pas cuit, mais carbonisé. "Charbon de bois" avait-il dit. Ah mais pour faire un bon mot et récolter quelques applaudissements en plateau, on est prêts à tous les jugements expéditifs, hein ! C'est pas du tout démago, ça ! "Démago", c'est aussi le terme employé par L'Equipe, qui s'indigne que Thuram condamne sans preuves. Ce dernier en sait pourtant probablement bien plus que le commun des mortels. Mais peut-être pas autant que la presse elle-même, qui ne contribue pas peu à l'omerta nauséabonde pesant sur les Bleus depuis des semaines (depuis bien plus longtemps que ça, même).

Certains journalistes vont pourtant plus loin que d'autres. Lorsqu'on lit L'Equipe chaque jour, on tombe de sa chaise en parcourant le dossier consacré à la débâcle bleue de l'édition du 29 juin de France Football. Au point de se poser deux troublantes questions : parle-t-on bien de la même sélection, des mêmes joueurs ? L'Equipe et France Football font-ils bien partie du même groupe de presse (Amaury) ? De deux choses l'une : ou bien les portraits au vitriol d'Evra, Anelka, Gallas, Henry, Abidal, Malouda et Ribéry de FF reposent sur du vide et relèvent de la diffamation pure et simple (mais on n'a pas entendu parler d'assignations en justice à ce jour...) ; ou bien ils commencent à dévoiler une partie de la peu reluisante réalité de la vie en bleu en Afsud et le reste de la presse (qui semble avoir drôlement fait machine arrière dans ses insinuations lancées à l'encontre des joueurs depuis leur retour) ne fait pas son travail.

 

pierre_string_tete.JPG Pierre Ménès dans sa meilleure vanne

 

Ou alors elle est en pleine confusion schizophrénique, thèse qui prend du poids à la lecture (entre les lignes) de la dernière édition de L'Equipe Magazine (celle du 3 juillet). Sur une demi-douzaine de pages, un reportage d'une rare complaisance sur l'intervention humanitaire de Florent Malouda en faveur des sinistrés haïtiens. Initiative ô combien louable du joueur de Chelsea (dont on apprend quand même qu'il a été suivi à Port-au-Prince par des reporters du magazine sur SA proposition : ça c'est de l'investigation, coco !), dont l'article ne remet jamais en question l'étrange timing. On le sait, à part Anelka, évidemment, Malouda est le seul Bleu à ne pas être reparti d'Afrique du Sud avec les autres, mais dans un avion ayant décollé plus tôt pour lui permettre de passer quelques heures avec sa nouvelle-née (très louable, ça aussi), avant de rejoindre Haïti immédiatement après. Vu ce timing serré, on semble en droit de se poser une simple question : Malouda était-il à ce point sur de la glorieuse issue du premier tour des Bleus pour avoir pris cet engagement humanitaire trois jours après leur élimination ? Difficile, en effet, de croire qu'une opération médiatique de ce type, dans un pays qui ne s'y prête pas idéalement, ait pu être montée en 48 heures. Il y a probablement une explication rationnelle. Mais ne l'attendons pas d'une interview qui ne révèle pas grand chose de plus que le grand déballage promis par Evra, Abidal et Henry à leur retour en France, c'est-à-dire rien. Ou alors, si : jusqu'à France-Mexique, l'ambiance dans le groupe était super. Reconnaissons au moins à Malouda une facilité d'expression supérieure à celle de la plupart de ses camarades, ce qui le rend toujours agréable à lire, à défaut d'être intéressant.

 

 3388 Anelka

Nicolas Anelka, aka Empereur Palpe à Tignes (la vraie raison de son bannissement, c’est parce qu’il a gardé ses écouteurs sur les oreilles, en fait)

 

Mais, dans ce même numéro de L'Equipe Mag, il y avait un bien étrange éditorial, un peu embarrassé pour nous expliquer que, non, non, ce reportage en Haïti ne servait pas la soupe à Malouda et apportait tout plein d'infos. Et puis, au milieu de cette prose gênée aux entournures et faisant directement référence aux propos du Guyanais, une mini bombe atomique en forme d'allusion à un climat homophobe au sein de l'équipe de France.

Depuis le début des révélations sur une possible mise au ban de Yoann Gourcuff par une partie des cadres (essentiellement ceux déjà cités dans cet article : hasard ?), la rumeur bruissait : cet ostracisme tiendrait moins à des raisons tactiques (en même temps, « tactique » et « équipe de France », c’est vrai que ça ne tenait pas debout) ou même médiatiques (Yo, gendre idéal chouchou des médias, surtout people) qu'il ne serait relatif à ses supposées préférences sexuelles...

Le tabou est tellement énorme qu'on se jette sur l'interview. Comme on l'a vu, nulle référence à ça dans les propos de Malouda. Alors, (auto)censure de dernière minute avant publication ?

Il est vrai qu'on manie là de la nitroglycérine pure s'il faut y voir l'un des fondements de la désunion de la maison bleue et parce que l'homosexualité (avérée ou "ragotée") dans le football est un sujet encore plus interdit que le dopage et les commissions occultes.

 

Pur fantasme délirant de notre part ? Peut-être, et même, espérons-le. Mais pourquoi faudrait-il toujours, sur ce sujet qui fâche comme tous les autres, que le football soit au-dessus de la mêlée ? Pas de racisme dans le football, voyons, c'est l'école même de la multiculturalité (ce ne sont pas les Pays-Bas 1996 qui nous diront le contraire) ! Pas de "racisme de classe" non plus ! Pas de corruption ni de dopage (sinon quelques brebis galeuses bien vite identifiées, et souvent loin de chez nous : salauds de Chinois !) ! Pas d'affaires de cul venant pourrir le climat (Zahia, dites-vous ? mais Zahia n'a semé nulle discorde, voyons) ! Et donc, pas d'homophobie ! Pas d'homophobie puisque... pas d'homosexualité dans le foot, les témoignages sont tellement convergents sur le sujet (n'est-ce pas, David Ginola, qui n'a jamais vu aucun de ses coéquipiers mater son anatomie sous la douche, si ce n’est pas une preuve, ça !).

 

yoann-gourcuff-fait-un-strip-tease.jpg

C’est vrai qu’il y met du sien, en même temps…

 

Dans n'importe quelle communauté professionnelle, singulièrement à un moment de son histoire où son autorité hiérarchique est autant flottante, autant remise en question, autant délégitimée (du sélectionneur au président de la fédération), ce type de problème fait régulièrement exploser un groupe. On ne peut tout simplement pas croire qu'il n'y ait pas, aujourd'hui, au sein de l'équipe de France, d'énormes problèmes relationnels entre joueurs et/ou entre groupes de joueurs.

Faire le pari que le sacrifice de celui qui n'était plus le patron depuis longtemps et dont le mode de management paranoïaque a accentué la gestion "consanguine" des conflits (Domenech) règlera tout comme par enchantement est certainement l'erreur la plus lourde de conséquences à commettre.

La méthode Thuram est peut-être discutable ; au moins a-t-elle l'immense mérite de suggérer des mesures radicales, dont on serait très étonné qu'elles se trompent complètement de cible(s)...

Par Cyril Cossardeaux - Publié dans : Equipe de France - Communauté : Culture Sport
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